14 Janvier 2016
Les découvertes récentes des neurosciences sociales montrent non seulement que l’empathie, la compassion et le souci de l’autre sont des capacités humaines innées, mais aussi qu’elles peuvent être développées avec de l’entraînement. L’économie pourrait-elle aussi apprendre la solidarité ?
Tania Singer, neurologue nous éclaire encore une fois !
...) Il est temps de repenser notre vision de la nature humaine et de créer de nouveaux modèles pour fonder nos systèmes politiques et économiques. Pour cela, nous devons mieux comprendre la capacité d’altruisme et les motivations pro-sociales de l’être humain, et explorer les possibilités de coopération qui en résultent. (...) À l’opposé de l’individualisme survalorisé qui caractérise la société occidentale, les nouvelles recherches en neurosciences révèlent l’existence d’une forte interdépendance entre les êtres humains via leur capacité d’empathie, de compassion et de mise à distance de soi-même. De très nombreuses données montrent que nos cerveaux sont câblés pour entrer en résonance affective les uns avec les autres, et que nous nous représentons automatiquement l’état mental et émotionnel des autres dans notre propre esprit et notre corps. (...) Les études montrent aussi qu’il est possible de développer chez les adultes ces facultés cognitives et socio-affectives que sont l’attention, la compassion et les comportements pro-sociaux. Même avec un entraînement de courte durée, on peut cultiver l’altruisme et en recueillir les bienfaits en termes de bien-être subjectif et de santé.
..) Ces résultats prometteurs devraient nous conduire à élaborer de nouveaux modèles économiques et à faire des suggestions concrètes. Il y aurait lieu, par exemple, de commencer à entraîner nos facultés mentales très tôt à l’école, afin de forger l’éthique nécessaire à l’avènement d’une société plus solidaire. Étant donné que cet entraînement se révèle également efficace pour les adultes, des « gymnases de l’esprit » pourraient être introduits sur les lieux de travail, ainsi que dans les institutions politiques et de recherche. De plus, l’environnement social pourrait être adapté afin de favoriser la coopération et les motivations altruistes, plutôt que la compétition et la performance, le pouvoir et la recherche d’un statut prestigieux. « L’économie altruiste » nous ouvre la voie d’un monde de bien-être inclusif et de confiance mutuelle.
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